Phonorama, le site dédié aux phonographes à cylindres

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Les cylindres géants [Page 1/4]


Dès l'invention du phonographe, les constructeurs ont tenté de doter leurs appareils de gros mandrins afin d'en accroitre la durée d'audition en utilisant des feuilles d'étain de grande surface. C'est ainsi qu'en 1879 le professeur D. Vital construisait un phonographe à feuille d'étain dont la longueur et le diamètre atteignaient 30 cm. Il envisageait même un appareil géant de 65 cm de diamètre et de 50 cm de long.
En 1900, l'Exposition Universelle de Paris va offrir aux principaux constructeurs de phonographes l'opportunité d'afficher leurs performances techniques en dévoilant des phonographes hors du commun. Ils seront plusieurs à exposer des appareils remarquables par leur taille et leur capacité à restituer les enregistrements avec une puissance inégalée. En réalité, la course au gigantisme a débuté depuis deux ans et chacun, des deux côtés de l'Atlantique, s'est préparé à faire la démonstration de sa maitrise des procédés d'enregistrement de cylindres géants, c'est à dire d'une taille supérieure à celle du format Concert.
Les grandes firmes comme la Columbia ou Pathé vont se disputer la première place dans cette course à la démesure. Toutefois, de petits constructeurs, à l'image d' Henri Lioret, vont perturber la compétition en surprenant le public par leur savoir-faire. Curieusement, Thomas Edison est absent dans le secteur des très grandes machines, il n'y apparaitra qu'en 1913 avec son Kinétophone.

  Le cylindre du Multiplex Grand de la Columbia

Conçu par Thomas H. Macdonald (brevet n° 711..706 du 11 juin 1898), le Multiplex Grand est un phonographe hors norme construit spécialement pour l'Exposition. Dans sa publicité, la Columbia annonce "le plus grand développement de l'art de la reproduction du son".
Le Multiplex Grand utilise des cylindres en cire claire d'environ 25 cm de long et de 
16 cm de diamètre. Ces dimensions permettent une durée d'enregistrement de 6 minutes. Il présente à sa surface trois enregistrements séparés, chaque secteur restituant le même son grâce à trois pavillons de 1,42 m et de trois reproducteurs de type Grand distants de 10 cm.
Un effet "stéréophonique" résultait de la lecture simultanée des trois sillons gravés sur les trois secteurs  identiques; toutefois c'est la puissance du son qui était recherchée par la Columbia. Avec ses trois pavillons et à ses trois reproducteurs le Multiplex Grand bénéficiait d'une sonorité exceptionnelle, comme si trois Graphophones Grand jouaient à l'unisson.
Lorsqu'un seul sillon était gravée sur toute la longueur d'un nouveau cylindre, le Multiplex converti en Graphophone Grand "triple sise" pouvait jouer l'enregistrement durant près de 20 minutes
. Naturellement, ce phonographe était équipé d'un seul reproducteur et d'un seul pavillon.
En 1904, la Columbia présenté un modèle perfectionné du Multiplex Grand à la Louisiana Purchase Exposition (St Louis World's Fair), différent du modèle de 1900. Il était équipé de trois reproducteurs de type AW et de trois grands pavillons pour jouer les cylindres spécialement enregistrés pour cet appareil.
De ces phonographes exceptionnels n'ont subsisté qu'un Multiplex 
«triple size», un cylindre restauré (plus court que celui annoncé par la Columbia) et un charriot de trois reproducteurs type AW. Ces pièces ont été rassemblées par le regretté Charles Hummel, une sommité dans le domaine des premiers phonographes. Elles figurent maintenant dans le prestigieux musée Edisonium de Mariazell (Autriche).


Le Multiplex Grand de 1900
Musée Edisonium (Mariazell, Autriche
)

 




Le Multiplex Grand équipé de trois
reproducteurs  et de trois pavillons
présenté à St Louis en 1904 




Le Multiplex Grand en 1904 dans
l'entrée du pavillon de la Columbia
à la Louisiana Purchase Exposition

Cette page relate la visite du Sultan de l'Empire ottoman Abdülhamid II et du Shah de Perse Mozzaffar-al-Dine à l'Exposition Universelle de 1900, durant laquelle les deux souverains firent chacun l'acquisition d' un Multiplex Grand.

  Le cylindre Céleste de Pathé

Dans la recherche du sensationnel, Pathé annonce ses intentions à l’approche de l’Exposition Universelle, en déposant en février 1899 les trois marques le «Stentor» (Phonographe géant), le «Phonographe monstre» et le «Phonographe colosse». Mais seule la première de ces marques donnera son nom à un phonographe.
Le public parisien découvre le Céleste du 15 au 30 septembre 1899 lorsque des démonstrations sont organisées dans les grands magasins Dufayel. Au programme figurent « des tableaux animés et parlés avec imitation parfaite du bruit du pas des hommes, des chevaux, des attelages, du canon, de la fusillade, etc., etc. ». L'originalité vient de l'accompagnement des projections par une sonorisation musicale grâce au Céleste. C'est à Frédéric Labrely, Ingénieur en chef à Chatou, que l'on doit la conception de cet appareil luxueux dont la construction a été décidée un an plus tôt. Pour la première fois, sans chercher à copier ses concurrents, Pathé a imaginé un phonographe original et luxueux en vue de figurer en bonne place dans le domaine des phonographes de prestige où une rude concurrence s'annonce à l'approche de l'Exposition Universelle. La production du Céleste a été confiée à la Manufacture Française d'Appareils de Précision dans ses ateliers situés 25/27 Boulevard de Belleville à Paris. Son prix de 1000 Francs le situe dans la gamme des phonographes les plus coûteux.
Ce phonographe remarquable se caractérise par la grande taille de son mandrin et par la qualité des matériaux utilisés pour sa construction. Il joue bien sur les cylindres de format Concert (Stentor chez Pathé), récemment introduits sur le marché mais aussi un nouveau format de cylindre nommé aussi Céleste, que Pathé sera le seul à utiliser. Ces nouveaux cylindres présentent le même diamètre que les cylindres Stentor, mais leur longueur est deux fois plus importante. Sur le phonographe, une commande par levier (SR/CE) permet de choisir le type de cylindre placé sur le mandrin.
En janvier 1903, un second modèle, moins couteux que le précédent sera commercialisé au prix de 600 Francs.
Les premiers cylindres Céleste, en cire marron, étaient obtenus par report des originaux enregistrés sur des cylindres Stentor à l'aide d'un dispositif basé sur un pantographe. A compter de septembre 1904, Pathé commercialisera des cylindres pour Céleste moulés en cire noire.

Ces cylindres Céleste présentent les caractéristiques physiques suivantes  :

  • diamètre extérieur : 12,5 cm
  • longueur : de 21 à 22 cm
  • densité d'enregistrement : 50 TPI pour les cylindres en cire marron copiés par un dispositif à pantographe, 100 TPI pour les cylindres moulés en cire noire

 






Le premier modèle du Céleste (1899)


Cylindre Céleste en cire marron
obtenu par report pantographique



Cylindre Céleste du
Phono-Cinéma-Théâtre



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