Phonorama, le site dédié aux phonographes à cylindres

Phonorama, le site dédié aux phonographes à cylindres
Phonographes à feuille d’étain [Page 3/4]


Après la faillite d'Urbain Marie Fondain en 1881, c'est Eugène Ducretet, le constructeur d'appareils scientifiques de renom, qui a repris la fabrication des phonographes de son confrère.
Ce tinfoil Ducretet s'apparente naturellement à celui de Fondain. Les deux appareils se différencient par quelques détails de construction. On reconnait d'emblée le premier grâce aux trois vis moletées en laiton serrant le diaphragme sur le reproducteur, alors qu'il s'agit de vis ordinaires sur le second. Par ailleurs, on observe que les montants supportant l'axe sont droits sur les Ducretet, contrairement à ceux des Fondain qui sont  légèrement courbés.


La marque E. Ducretet et Cie à Paris figure en creux sur la partie supérieure du cornet, le nom du constructeur apparait aussi en relief sous la base.
Dans ses publicités Eugène Ducretet mentionne sa médaille d'or obtenue lors de l'exposition universelle de 1878 à Paris.  La notoriété  de son atelier de construction d’instruments de précision pour les sciences et l’industrie dépassera largement les frontières françaises, il obtiendra d'autres médailles d'or à l'étranger.
 


Ce second phonographe Ducretet ne diffère du précédent que par son volant régulateur. Il porte de même des marques identiques sur le cornet  et sous la base.
Sa couleur bronze caractéristique provient de la peinture à base d'oxyde de plomb utilisée durant cette période pour la protection des appareils scientifiques contre la corrosion des métaux.
L'atelier Ducretet a construit plusieurs séries de phonographes à feuille d'étain jusqu'en 1890, notamment pour les cabinets de physique ou les Ecoles supérieures. Ses appareils portaient alors la marque Ducretet-Lejeune.

 

En 1879, le professeur D. Vital donne des conférences suivies de démonstrations durant lesquelles il fait la promotion de ce phonographe-jouet en bois pourvu d'un mandrin en plâtre de couleur sang de bœuf. Sur la base figure la mention Breveté S.G.D.G. indiquant qu'il a fait l'objet d'un dépôt de brevet.
La construction de ce petit phonographe avec des matériaux bon marché lui permet de le proposer au prix de 10 Francs et de concurrencer ainsi les modèle en métal coûtant dix fois plus cher.
Dans un livret intitulé Guide du phonographiste qu'il publie la même année, le professeur propose aussi deux autres phonographes à feuille d'étain, dont un géant, en cours de construction, doté d'un mandrin de 65 cm de diamètre et de 50 cm de longueur.



Malgré l'absence de marque sur ce tinfoil, plusieurs éléments similaires à ceux du phonographe-jouet précédent suggèrent une attribution au Professeur D. Vital. On remarque notamment que le cornet, le diaphragme et la manivelle, sont pratiquement identiques sur les deux modèles.
Afin de ramener le diaphragme au-dessus de la feuille d'étain, son support en fonte se déplace sur une glissière en laiton. Deux vis moletées, permettent de verrouiller la position optimale de la pointe.
Le tinfoil repose sur une tablette en hêtre (25 X 30 cm), le mandrin en laiton mesure 125 mm de diamètre ne comporte que 21 spires pour une largeur utile de 51 mm, soit une densité de 10 TPI.

Photos du phonographe de côté et de face

 

Au premier abord, l'apparence de ce phonographe à feuille d'étain laisse supposer une parenté avec les constructions d'Urbain Marie Fondain. Toutefois, la comparaison des éléments caractéristiques des deux fabrications révèle des différences trop importantes pour retenir cette hypothèse.
Son originalité tient principalement à son volant régulateur, à sa riche décoration, à ses montants en forme de cœur supportant le mandrin et à son contrepoids en plomb fixé sur le sommet du cornet.

      

Le contrepoids, inhabituel sur un tinfoil, permet d'obtenir une meilleure empreinte sur la feuille d'étain en accentuant la pression de la pointe. Cette pièce est aussi présente sur d'autres appareils d'acoustique expérimentale, tel l'Automatic phonograph d'Auguste Stroh, utilisant les techniques du phonographe pour imiter les voyelles de la parole humaine.

      
 

Phonographe à feuille d'étain, vraisemblablement d'origine française. D'autres phonographes semblables sont décorés de filets caractéristiques rouges, ou plus rarement jaunes, comme sur cet exemplaire.

      
 

D'origine italienne, ce tinfoil  se caractérise par son long mandrin de 18 cm et sa base découpée dont le décor se retrouve sur les rayons du volant.
Il s'agit vraisemblablement d'une construction tardive, destinée à un cabinet de physique ou une école, réalisée par l'Officine Galileo à Firenze (Florence), dans la dernière décade du 19ème siècle. Ses ateliers, initialement installés dans les bâtiments de l'Istituto Tecnico Toscano, construisaient depuis 1864 des instruments pour l'enseignement et les laboratoires, avant d'orienter sa production vers le domaine militaire en 1896.
Le cabinet de physique du Museo Galileo de Florence (Istituto e Museo di Storia della Scienza) possède un phonographe similaire, de plus grandes dimensions (Voir ci-contre).



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A voir aussi
  • Le premier phonographe construit par Eugène Ducretet, sorti de son atelier en 1879, n’était pas un appareil à cylindre semblable au tinfoil d’Edison présenté dans les salles parisiennes depuis quelques mois. Il s’agissait d’une commande d’un certain M. Saint-Loup qui souhaitait un nouveau modèle à feuille d’étain ou de cuivre disposée à plat, la pointe tranchante du reproducteur venant suivre une rainure hélicoïdale déjà inscrite dans le métal. La vitesse linéaire relative de la pointe sur le plateau devait bien entendu rester constante.
    Eugène Ducretet réalisa le phonographe de M. Saint-Loup mis en vente au prix de 300 francs; il n’en subsiste à ce jour aucune trace.
  • Le livret de D. Vital : Le phonographe - Machine enregistrant et reproduisant la parole -  Guide du phonographiste publié en 1879.
  • Si le professeur est bien le constructeur du phonographe proposé lors de ses conférences, il n'en est toutefois pas l'inventeur. Son invention revient au fabriquant de jouets Mathieu-Alphonse Coyen qui a déposé le brevet correspondant n° 132.518 du 29 août 1879,  intitulé ''genre de phonographe-jouet''.
  • Les gravures représentant le phonographe-jouet  décrit par D. Vital dans son livret.
 
 
  • En Espagne, en 1894, le basque Don Pascual de Isasi Isasmendi,  conçoit un phonographe à feuille d'étain, qu'il nomme El pigmeo (Le pigmée), il dépose le brevet de ce jouet en 1894 et fait connaître son invention dans des publicités parues dans la revue Blanco y Negro
 
 
  • Peut-on imaginer un quelconque rapport entre Vincent Van Gogh et le tinfoil de Thomas Edison ?